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Détournement d’héritage: quels recours ?

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Le détournement ou la captation d’héritage consiste en l’utilisation de manœuvres frauduleuses pour abuser et tromper une personne afin de la convaincre de donner des biens qu’elle destinait à sa future succession : ce procédé n’est pas expressément défini par le Code civil. Plusieurs stratégies et ruses peuvent être utilisées par l’auteur de la captation pour s’emparer des biens destinés à l’héritage d’une personne : détournement de comptes bancaires ou de liquidités, utilisation abusive d’une procuration bancaire, assurance-vie sans aléa, changement des bénéficiaires de l’assurance-vie, rédaction ou modification du testament pour désigner un seul bénéficiaire au détriment des (autres) héritiers, mariage in extremis…

La cible du détournement est souvent une personne qui se trouve en état de faiblesse ou de vulnérabilité, notamment du fait de sa solitude, de sa dépendance ou de son état de santé. L’auteur de la captation va profiter de cette relation déséquilibrée pour isoler sa cible, asseoir son influence, exercer des pressions pour convaincre sa proie de lui remettre des biens et/ou des sommes d’argent qu’il n’aurait pas obtenu sans ses ruses et/ou manœuvres.

L’héritage peut être détourné par un opportuniste ou un arnaqueur professionnel qui s’est proclamé protecteur, ami, confident d’une personne très malade et/ou vulnérable ou encore un proche, un voisin, ou un membre de la famille qui se veut très présent, ou bien un employé zélé et trop dévoué…

Quels sont les astuces et stratégies de détournement d’héritage les plus utilisées ?

Plusieurs moyens et techniques plus ou moins élaborés sont employés par les auteurs de détournement d’héritage pour parvenir à leurs fins, mais les plus courants restent : les transferts de liquidités bancaires, les donations déguisées, le legs universel, l’assurance-vie :

■ Obtention de biens mobiliers, remise de sommes d’argent en espèce,

■ Retraits ou virements bancaires importants/réguliers et injustifiés du compte bancaire d’une personne vulnérable

■ Obtention et utilisation frauduleuse de procurations bancaires

■ Se faire payer des factures, remboursements crédits

■ Souscription d’une assurance-vie engageant la majeure partie du patrimoine d’une personne atteinte d’une affection grave et/ou incurable

■ Rédaction ou modification d’un testament sous la pression de l’usurpateur

■ Mariage in extremis avec modification du testament sous l’influence de l’usurpateur

■ Désignation d’un membre de la famille de l’usurpateur comme légataire universel dans un testament

■ Donation déguisée (fausse vente, faux viager, fausse reconnaissance dette…).

Quels sont les recours et actions possibles ?

Détournement d’héritage et abus de faiblesse et de vulnérabilité : le recours au juge pénal

Le fait d’abuser frauduleusement de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse d’une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une déficience physique ou psychique apparente ou connue pour la conduire à un acte ou à une abstention qui lui est gravement préjudiciable est puni de trois ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende (article 223-15-2 du Code Pénal).

De même, le fait d’abuser d’une personne en état de faiblesse psychologique résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement pour la conduire à un acte ou à une abstention qui lui est gravement préjudiciable est puni de trois ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende (article 223-15-2 du Code Pénal).

Détournement d’héritage : recours au juge civil

La plus grande difficulté de l’établissement du détournement de l’héritage réside dans la recherche, la collecte et l’utilisation des moyens de preuves qui permettront de démontrer au juge que le défunt a été abusé, manipulé, trompé, floué et qu’il n’aurait pas accepté d’agir comme il l’a fait sans les manœuvres ou pressions de l’usurpateur.

Dans certains cas, un vice du consentement du donateur peut être invoqué pour annuler les actes ayant permis la captation. En effet, il arrive souvent que l’auteur de la libéralité soit atteint d’une altération temporaire ou permanente de ses facultés mentales (sans bénéficier d’une mesure de protection, telle une tutelle ou une curatelle). Dans ces cas, il faudra démontrer qu’il ne pouvait pas consentir librement à l’acte ou aux actes ayant permis le détournement de son héritage.

Détournement d’héritage et droits des héritiers

Les héritiers à l’ouverture de la succession peuvent contester le testament qui leur serait défavorable et/ ou demander l’annulation des donations qui amputent leur part dans la succession, s’ils disposent d’éléments permettant de démontrer le détournement d’héritage. Mais, il existe des limites à la liberté de transmission du patrimoine. En effet, la loi ménage un minimum de droits dans la succession pour certains descendants: ils bénéficient d’une réserve héréditaire.

En l’absence de testament, le législateur a fixé un régime légal qui permet de régler la succession. Ainsi, si de son vivant, toute personne capable peut prendre les dispositions nécessaires pour assurer la transmission de son patrimoine à son décès, les libéralités faites par cette personne, de son vivant ou par testament, qui dépasseraient la quotité disponible (la partie du patrimoine non réservée sur lequel le défunt dispose d’une liberté totale) et empièteraient sur la réserve héréditaire pourront être réduites.

Dans tous les cas, la victime et les héritiers spoliés et lésés peuvent saisir un Avocat compétent en droit des successions afin de solliciter, auprès du juge, les mesures d’instruction utiles pour recueillir les preuves nécessaires pour faire annuler le détournement d’héritage et reconstituer le patrimoine de la succession.

Maître Judith DUPEROY-PAOUR Avocat au Barreau de Paris www.ledroitdesseniors.fr